Le secteur socioculturel et sportif a besoin d'échéances claires pour la reprise des activités !

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La CESSoC a adressé la note qui suit aux ministres de tutelle et au GEES ce 24-04.

Les 3500 associations du secteur socioculturel et sportif sont durement touchées par l'interdiction d'activité publique alors que les rassemblements sont au cœur de ses activités.
Cette mise en veille imposée, et totalement improvisée, a et aura des impacts profonds sur le fonctionnement et le financement des opérateurs, mais aussi sur leur capacité de redéployer avec leurs publics des activités dont on sait qu'elles ne seront plus tout-à-fait "comme avant".
Pourtant, il est urgent et nécessaire de se projeter dans le retour à une vie qui permette à nouveau le déploiement d'activités essentielles à la cohésion sociale, au bon fonctionnement de la société et de ses corps intermédiaires… et au moral de chacun d'entre nous dans le plaisir de se retrouver ensemble pour créer, réfléchir, bouger, apprendre, militer, aider…
Cette réflexion peut sembler incongrue au moment où les acteurs de secteurs entiers restent en lutte pour la vie ou la survie de leurs bénéficiaires en prenant eux-mêmes des risques de contamination. Elle s'inscrit dans un soutien à la population à un moment inédit auquel le secteur entend apporter sa contribution.
Des discussions se tiennent avec les pouvoirs de tutelle sur les questions de subventions, d'avances, de soutien…; elles trouveront une issue demain et plus tard et c'est un volet important pour qu'aucune association ne meure de la pandémie. Mais, plus encore, les associations ont besoin de perspectives de reprise dans un cadre le plus sécurisé possible.

 

Se projeter dans l'avenir

Certaines décisions relèvent d'instances mises en place, principalement au niveau fédéral.
Si le court terme est actuellement pris en charge, on sait que le Conseil national de sécurité, appuyé par le Groupe d'Experts responsable de l'Exit Strategy, souhaite inscrire le pays dans une logique progressive de sortie de cette quarantaine obligée. Il lui revient de déterminer le phasage du déconfinement et les mesures sanitaires à prendre pour éviter une nouvelle vague d'infection : stratégie de test, port du masque, secteurs prioritaires, distanciation sociale…
Mais notre secteur a quant à lui un besoin urgent de se projeter dans un terme plus long. Sans illusion sur la difficulté que constitue la reprise d'activités qui imposent des proximités salutaires devenues soudainement dangereuses, les opérateurs des secteurs attendent des directives claires quant au moment où les uns et les autres pourront reprendre leurs activités pour leurs publics et leurs travailleu·r·se·s dans un contexte de risques limités.
De même que les festivals et manifestations de masse ont déjà été annulés jusqu'à la fin du mois d'août, il est temps d'identifier les mesures à prendre dans les 3, 6, ou 12 mois, voire au-delà, à venir pour permettre aux uns et aux autres d'organiser la programmation de leur activité au sein de la société. Ces mesures devront être volontaristes et empreintes de prudence, et permettre une réversibilité en cas de nouvelle vague de contamination. Et si la situation s'améliore et que des activités avec les publics peuvent reprendre plus tôt, ce sera tant mieux pour tout le monde.

Programmer sereinement

Si un certain chaos est inhérent à la crise, les chiffres encourageants nous engagent à sortir des décisions prises de semaine en semaine "le nez dans le guidon". Le choc créé par la crise n'aide pas la réflexion à long terme et on sait que les inconnues ou les analyses contradictoires restent nombreuses.
Même si les secteurs font preuve d'initiatives originales en recourant aux activités via l'internet (ateliers divers, groupes de discussion, spectacles avec "bord de scène", téléformations, visites virtuelles ou commentées en ligne…), celles-ci ne sauraient remplacer le rapport aux publics et aux personnes.
Entre l'urgence de l'immédiat et le retour à une vie que l'on espère "normale", des décisions sont à prendre, prudentes certes, mais vers un avenir à envisager et à construire avec les équipes et les publics. Pour que les associations puissent travailler, elles doivent connaître ce qu'elles seront en possibilité de réaliser à échéance moyenne et longue et dans quelles conditions.
Beaucoup préparent une sortie de crise… sans y être vraiment préparés et sans disposer d’éléments concrets et tangibles : conditions, périodes, en relation avec quels pouvoirs publics, accompagnés ou coordonnés par quelles procédures et avec quels interlocuteurs…
De nombreux facteurs ont une incidence sur la capacité de reprise de l'activité : type de mobilité autorisée, nature et taille des rassemblements permis, nature de l'exposition aux risques, caractère intérieur ou extérieur de l'activité, type de public plus ou moins à risque, mesures de protection pertinentes suivant les publics, prévention de la propagation via la transmission d'objets comme les livres, procédures d'urgence, encadrement ou surveillance sanitaire particulière…
Sans vision claire sur ce qui est possible ou pas et à quelle échéance, les associations ne peuvent programmer sans risque… or certaines le font déjà, impatientes de renouer avec leurs publics, leur raison d'être, leur survie parfois.
Des échéances et des modalités claires doivent donc être prises par les autorités publiques tenant compte de ces facteurs. Les autorités fédérales ont singulièrement un rôle à jouer sur ce plan.
Et il vaut mieux viser loin, sans précipitation, que reprendre trop vite en mettant en danger la santé ou la vie des participants. Des phasages d'activités peuvent être envisagés dans certains cas, voire des reprises d'activités anticipées en cas d'amélioration de la situation. Mais nous n'aurons pas droit à une deuxième chance pour relancer la machine.
Il revient également aux autorités de tutelle d'engager un dialogue efficient entre elles et avec chaque secteur au regard de ses spécificités et de ses besoins. L'accompagnement d'experts sanitaires sera un gage de sécurité dans ce contexte inhabituel et inconnu pour les administrations de nos secteurs. Forcément, il faudra parler masques, gants, marquages au sol, phasages, volume de public admis…
À ces conditions seulement, les associations pourront évaluer sereinement quelles activités organiser et prendre les meilleures décisions pour retrouver leur place essentielle.

Des difficultés déjà bien identifiées

La reprise du travail s'opérera le plus sereinement et professionnellement possible en prenant en compte certains paramètres déjà identifiés, d’autres à recueillir auprès des associations. Celle-ci s'opérera sans doute avec des équipes partielles, diminuées des personnes malades, écartées ou en quarantaine ou encore hésitant à s'exposer. Sans doute avec des aménagements d’espace, de matériel, de procédures de sécurité et d’hygiène, de nombre restreints et identifiés de bénéficiaires… les mêmes questions que celles qui surgissent partout, avec la difficulté supplémentaire pour certains que la reprise s'opère au début des vacances d'été.
Le contexte de reprise demande une prise en compte systémique, coordonnée à tous les niveaux, des volontés d’activités, des possibilités pragmatiques d’organisation et de réalisation avec les publics et travailleu.r.se.s envisagés et des risques encourus par les uns et les autres.
Cette projection peut se faire sur différents niveaux afin de soutenir un déconfinement cohérent sur le territoire national : types de mesures prises pour certaines activités, publics ciblés, périodes spécifiques…
Par exemple, les associations proposant habituellement des formations d'adultes, que ce soit en éducation permanente, en insertion professionnelle ou en parcours d'intégration peuvent étudier les mesures proposées à l’enseignement à la lumière de leurs réalités afin de garantir, à la fois une cohérence générale et des aménagements sur-mesure au besoin.
De même, à l’entame de l’été et de la remise au travail de certaines catégories de travailleurs, la question de l'occupation des enfants durant les vacances d'été est un autre niveau d’approche. Des associations organisant des stages sportifs, créatifs ou récréatifs, pour enfants et adolescents, porteurs d’handicaps ou non, peuvent également étudier la possibilité d’une offre de services adaptée avec un encadrement et une surveillance sanitaires spécifiques et en lien avec d’autres opérateurs d’activités similaires. La question se pose aussi, certes en des termes différents, pour les jeunes qui se verront privés de toute activité sans décision adéquate.
Ces analyses et propositions ne pourront se faire qu’avec une réflexion parallèle des accès à ces possibilités en termes de transports en commun et de coordination des initiatives au niveau local, provincial, communautaire et fédéral.
Bien sûr, le CNT prépare un guide pratique de la reprise du travail qui sera adapté dans les commissions paritaires et les entreprises. Mais dans nos secteurs, ce sont plus encore les mesures sanitaires vis-à-vis des publics qui guideront la reprise des activités.
Pourtant, autant l’impréparation de la confrontation à l’épidémie pourra être analysée plus tard, autant la prise de risques inconsidérés lors de la sortie de confinement ne serait pas compréhensible.
Il est temps de planifier à moyen et long terme la place des secteurs dans la vie de la cité.

 
Le 27-04-2020 - 214 lectures